Biennale Arte, appel de 200 artistes contre la participation d'Israël

Biennale Arte, appel de 200 artistes contre la participation d’Israël

Le groupe activiste Art Not Genocide Alliance (Anga) a publié une lettre ouverte dans laquelle il demande à la Biennale de Venise d’empêcher la participation d’Israël à la 61e édition de l’Exposition internationale d’art, qui sera inaugurée le 9 mai. La lettre a été signée par près de 200 artistes, conservateurs et travailleurs culturels impliqués dans l’événement vénitien.

Parmi les signataires figurent les conservateurs Gabe Beckhurst Feijoo et Rasha Salti, membres de l’équipe chargée de réaliser la vision du conservateur Koyo Kouoh, décédé en mai dernier quelques mois après sa nomination. Des dizaines d’artistes présentés dans l’exposition principale, « In Minor Keys », ainsi que des commissaires et des artistes liés aux pavillons de Belgique, du Brésil, de Bulgarie, de France, du Pérou, de Pologne, d’Espagne, de Suisse et d’autres pays ont également signé. Douze signataires, dont des artistes et conservateurs d’autres pavillons, ont choisi de rester anonymes par crainte d’un « éventuel préjudice physique, politique ou juridique résultant d’une signature publique », comme expliqué dans la lettre.

« Nous, soussignés, en tant qu’artistes, conservateurs et travailleurs culturels, sommes unis dans notre refus collectif de permettre à l’État d’Israël de trouver une plateforme tout en commettant un génocide », peut-on lire dans le document. « Nous faisons cela en soutien à nos collègues artistes et travailleurs culturels en Palestine, en solidarité avec le peuple palestinien, dans le profond espoir de mettre fin au génocide et à l’apartheid sionistes en cours et de voir renaître une Palestine libre. »

La lettre rappelle également qu’en 2024, face à l’inclusion d’Israël à la Biennale, la mobilisation du public a forcé la fermeture du pavillon israélien. « Deux ans et demi de génocide ouvert contre la Palestine et 77 ans après la Nakba, l’État d’Israël cherche une fois de plus la légitimation de la Biennale pour apparaître comme un créateur plutôt que comme un destructeur de vies et de culture », peut-on lire dans le texte.

Anga avait déjà publié une lettre similaire en 2024, récoltant plus de 20 000 signatures. Cette année-là, l’artiste Ruth Patir, choisie pour représenter Israël, annonçait que son exposition ne serait ouverte que jusqu’à ce qu’un « accord de cessez-le-feu et de libération des otages » soit conclu entre Israël et le Hamas. L’exposition a ensuite été fermée en novembre sans jamais être officiellement ouverte, mais lors des journées d’ouverture et d’ouverture au public, des manifestations ont eu lieu devant le pavillon.

Cette année, la participation d’Israël n’aura pas lieu dans le pavillon Giardini, classé en rénovation, mais dans l’Arsenale, l’autre espace d’exposition principal de la Biennale. L’artiste Belu-Simion Fainaru, basée à Haïfa, qui représentera Israël, a déclaré à ARTnews qu’elle considérait la nouvelle installation de manière positive, soulignant la possibilité d’exposer aux côtés de pays tels que les Émirats arabes unis, la Turquie et l’Arabie saoudite.

Le Pavillon Russe

La participation d’Israël n’est pas la seule source de controverse pour la Biennale : début mars, la Russie a annoncé la réouverture de son pavillon pour la première fois depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. La décision a suscité une indignation mondiale généralisée, avec plus de 8 500 signatures rassemblées dans une autre lettre ouverte appelant les organisateurs à « évaluer les implications » de la participation russe.

Jusqu’à présent, la Biennale a défendu sa position, déclarant publiquement qu’elle rejette « toute forme d’exclusion ou de censure de la culture et de l’art », soulignant que l’événement doit rester « un lieu de dialogue, d’ouverture et de liberté artistique », malgré les tensions géopolitiques. Un porte-parole a également précisé à ArtNews que « la Biennale de Venise ne décide pas de la participation nationale ; chaque pays choisit d’y participer ». Le ministre de la Culture, Alessandro Giuli, a demandé et reçu un dossier de la Biennale de Venise concernant le pavillon russe afin de vérifier que les sanctions contre la Fédération de Russie n’ont pas été contournées.

Cependant, la question ne semble pas trouver de paix : la semaine dernière, 22 ministres de la Culture ont écrit au président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, pour lui demander de reconsidérer la participation russe, mettant en garde contre le risque qu’une étape aussi visible donne une fausse normalité au conflit en cours. L’Union européenne a également exprimé ses inquiétudes, soulignant que l’initiative pourrait mettre en péril environ 2 millions d’euros de financement communautaire et entrer en conflit avec la politique européenne concernant l’invasion de l’Ukraine. (par Paolo Martini)