03 septembre 2026 | 14h26
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Le syndrome du retour « n’est pas un diagnostic : c’est le récit d’un été dont nous n’avons jamais été absents ». C’est ce qu’a déclaré Vincenzo Barretta, psychiatre et directeur scientifique du Centre Noesis de Naples pour la santé émotionnelle et comportementale, commentant la « formule » qui semble placer chaque fin d’août parmi les conditions cliniques le stress post-vacances et la fatigue du retour. Ce syndrome, rappelle le psychiatre, « n’apparaît dans aucun système de diagnostic reconnu, et n’est pas dû à un oubli des classificateurs : la réadaptation à une routine après une interruption est un processus ordinaire, avec sa physiologie propre et de courte durée ».
Le qualifier de « syndrome » a, pour Barretta, un double coût : « Cela nous amène à lire comme une maladie ce qui n’en est pas une, et enlève les mots et l’attention à l’inconfort qui surgit réellement en automne, avec une consistance bien différente et avec beaucoup moins d’espace médiatique ». « Chaque mois de septembre, nous discutons pendant des jours d’une pathologie qui n’existe pas, alors que nous ne parlons presque jamais de celles qui existent – explique Barretta -. Le paradoxe est que cet excès d’inquiétude face à un phénomène normal finit par rendre moins reconnaissable le véritable malaise, celui qui ne se termine pas en deux semaines et qui mériterait une réponse clinique ».
Mais la question de fond demeure, et le psychiatre la considère comme la plus inconfortable : si le retour est un processus ordinaire, il faut se demander pourquoi il pèse plus aujourd’hui qu’hier. La réponse, affirme-t-il, ne réside pas dans le retour mais dans ce qui l’a précédé : « Les vacances ont historiquement fonctionné comme une discontinuité, un intervalle pendant lequel le contexte de travail devenait temporairement inaccessible. Cette condition a largement disparu : le courrier reste consultable, les conversations professionnelles se poursuivent sur les mêmes applications et sur les mêmes réseaux sociaux qui hébergent celles familiales, la disponibilité est fragmentée en micro-intrusions que personne ne considère comme du travail car elles durent quelques secondes ».
« Ceux qui reviennent fatigués de deux ou trois semaines de vacances – observe le directeur scientifique du Centre Noesis – n’ont pas de trouble. Ils ont des vacances qui n’ont jamais commencé. En août, nous pouvons changer de lieu, mais nous ne changeons pas d’environnement. Celui dans lequel se déroule une grande partie de notre vie professionnelle et relationnelle est un environnement immatériel qui n’a pas de coordonnées géographiques, il se déplace avec nous et aucun kilomètre ne l’atténue. Ceux qui reviennent de trois semaines de connexion ininterrompue ne réagissent pas mal à au retour, ils enregistrent tous ensemble le coût d’une continuité qu’il n’a jamais interrompue. D’où une reformulation de la question publique que Barretta juge plus utile que n’importe quel décalogue sur le retour progressif. « La question n’est pas de savoir comment survivre à septembre, mais si nous sommes encore capables de partir », souligne-t-il. « Il ne s’agit pas de la résilience de ceux qui reprennent difficilement le travail, mais de la possibilité concrète, organisationnelle et culturelle de construire de véritables intervalles ».
Pour ce motif, l’expert remet en cause « le droit inaliénable du travailleur à la déconnexion et non une concession négociable ». « Le droit au repos, si l’environnement immatériel reste accessible – remarque Barretta – à tout moment et en tout lieu, est un droit vidé. Reconnaître la déconnexion comme un droit inaliénable signifie rendre aux vacances et, en fin de compte, la substance qu’elles avaient : non pas l’autorisation de répondre plus lentement, mais la garantie qu’il y a un moment où personne ne peut être atteint ».
Mais une telle protection, prévient Barretta, ne suffit pas à elle seule : « Aucune loi ne protège ceux qui ne disposent pas des outils nécessaires pour habiter consciemment l’environnement immatériel. Parallèlement à la loi, nous avons besoin d’une éducation au bien-être qui inclut le bien-être numérique et qui commence dès le contexte scolaire et familial avant même le lieu de travail. Ce n’est qu’ainsi que la santé émotionnelle et comportementale pourra cesser d’être une question individuelle de résistance et redevenir ce qu’elle est : une responsabilité collective ».




