Eurispes : « La pénurie d'infirmières est un symptôme de l'inefficacité structurelle du marché du travail »

Eurispes : « La pénurie d’infirmières est un symptôme de l’inefficacité structurelle du marché du travail »

Retrouver de l’efficacité et explorer différentes formes de travail et mécanismes organisationnels alternatifs. La pénurie d’infirmières en Italie est le symptôme d’une inefficacité structurelle du marché du travail, ainsi que d’une urgence numérique. C’est ce qui ressort de l’étude d’Eurispes « Au-delà du travail dépendant ». Nouveaux modèles organisationnels du travail dans le domaine des soins infirmiers », qui nous invite à déplacer le débat de « combien d’infirmières manquent » à « comment » le système les emploie, les retient et les valorise. Le marché du travail infirmier – explique l’institut de recherche dans une note – présente « quelques dysfonctionnements : précarité, turnover élevé, faible mobilité, conditions contractuelles peu attractives et barrières à la reconnaissance des qualifications coexistent, dans certains cas, avec des pénuries de personnel et des difficultés à introduire de nouveaux chiffres. Un paradoxe qui indique que le problème n’est pas seulement la disponibilité numérique des professionnels, mais aussi la capacité du système à les attribuer efficacement ».

La seule augmentation des places de formation – poursuit la note – « produit des résultats limités: il faut agir sur l’organisation du travail ». L’Italie compte 6,9 ​​infirmières pour mille habitants, en dessous de la moyenne européenne de 8,9, avec 464 193 inscrites au registre unique de la Fnopi – Fédération nationale des ordres des professions infirmières (juin 2026) et de fortes disparités territoriales (de 86,2 pour 10 mille habitants du Latium à 52,2 en Campanie). Mais les signes les plus évidents d’inefficacité sont autres : « un salaire moyen d’environ 32 400 euros, contre 39 800 en moyenne dans l’OCDE ;

À l’opposé, le système a répondu au manque de personnel soignant avec des outils d’urgence : fin 2025, près de 20 000 infirmiers admis avec des procédures dérogatoires travaillaient en Italie. Les mêmes catégories de représentation des infirmières demandent son dépassement rapide et la constitution de listes dédiées. Un signe supplémentaire que les « solutions tampons » ne remplacent pas une politique structurelle.

L’étude identifie les formes d’exercice professionnel non subordonnées – freelance, modèles associés et surtout conventions – comme l’un des leviers possibles pour retrouver de l’efficacité. La référence est le modèle des médecins généralistes et pédiatres de libre choix : des professionnels qui ne sont pas salariés mais qui ont un accord avec le NHS-National Health Service, avec des protections définies par des conventions collectives. Appliquer une logique similaire aux infirmières ouvrirait une voie intermédiaire entre le travail subordonné et le travail purement indépendant, capable d’allier autonomie, flexibilité et intégration dans le service public, sans sombrer dans la précarité.

Les amendements au projet de loi sur les professions de santé (alors non reportés) allaient dans ce sens, qui prévoyaient le recrutement direct d’infirmières au travers de contrats de collaboration freelance-professionnels et la reconnaissance des prestations infirmières dans les niveaux de soins essentiels. Une voie qui apparaît aujourd’hui également comme une proposition législative. Continuer à considérer la pénurie d’infirmières comme une urgence numérique nous condamne à rechercher le problème avec des exceptions et des solutions provisoires. Le véritable problème est l’inefficacité du marché du travail : un système qui forme des professionnels mais ne parvient pas à les retenir, à les améliorer et à les affecter là où ils sont réellement nécessaires. Aller « au-delà du travail salarié » signifie explorer des mécanismes – tels que des accords – qui rétablissent l’efficacité, à condition qu’ils soient réglementés par une rémunération équitable, une protection et une transparence.

L’objectif n’est pas tant « d’avoir plus d’infirmières » – conclut la note – mais de créer les conditions pour qu’elles puissent exercer pleinement leur rôle et être retenues dans notre pays. Seule une approche intégrée – autonomie, protection et planification – peut transformer la crise actuelle en une opportunité de réforme structurelle du travail infirmier.