L'épidémie d'Ebola "est plus préoccupante que les précédentes. Les conditions sont réunies pour qu'elle dure", témoigne le médecin italien de MSF

L’épidémie d’Ebola « est plus préoccupante que les précédentes. Les conditions sont réunies pour qu’elle dure », témoigne le médecin italien de MSF

par Raffaella Ammirati – « L’épidémie d’Ebola en cours au Congo est plus préoccupante que les précédentes : par « chiffres », « contexte social » et « variante virale peu connue ». S’adressant à Adnkronos Salute, Chiara Montaldo, directrice médicale de Médecins sans frontières (MSF) Italie, spécialiste des maladies infectieuses, qui a eu plus d’une expérience sur le terrain avec des urgences liées à Ebola : « En 2014, lors de la grande épidémie en Guinée, puis au Congo en 2018-19 et lors de la dernière avant celle-ci, à la fin de l’année dernière. Maintenant, je suis les premières évolutions de celui en cours depuis l’Italie », explique-t-elle, soulignant que de toute façon elle reviendra bientôt sur le terrain. « Je ne sais pas encore quand car les locaux indiquent que ce sera long et nous devons organiser au mieux les départs pour permettre la pérennité de notre intervention, garantir les présences sur place ». « Comment nous protéger », dit-il. La peur est davantage liée au conflit en cours dans la zone touchée, « qui est très dur et sanglant ». Même la population locale, malgré le risque élevé d’infection, dit généralement qu’elle n’a pas peur du virus, mais de la machette », souligne le médecin génois, qui travaille pour MSF depuis 2005.

Néanmoins, sur le plan strictement sanitaire, les craintes sont réelles face à cette nouvelle vague d’infections. « La situation est certainement difficile et complexe – dit Montaldo – je résumerais les facteurs de préoccupation en trois grandes catégories. La première est représentée par les chiffres et l’extension, car nous n’en sommes qu’au début et il y a déjà beaucoup de cas d’épidémie d’Ebola. La déclaration de l’épidémie s’est produite alors que nous avions déjà 200 cas. Considérons que la dernière épidémie avant celle-ci avait un total de 64 cas lorsqu’elle a été déclarée ». Et actuellement « il y a aussi une localisation assez étendue. L’épicentre est dans la région de l’Ituri. Mais il y a déjà un cas confirmé à Goma, au Nord-Kivu, et 2 cas à l’extérieur du pays, en Ouganda. Il a touché de grandes villes, où il y a une grande mobilité de personnes, une route commerciale, une route migratoire ». La deuxième préoccupation « est le contexte – poursuit-il – car de toute façon dans le Nord-Est du Congo il y a un conflit chronique et, comme tous les conflits, en plus des dégâts directs, il provoque également de plus grandes difficultés d’accès à la santé.

Et enfin, le troisième facteur « est lié à ce virus qui n’est pas celui que nous connaissons le mieux, ce n’est pas le sérotype Zaïre le plus fréquent, c’est-à-dire celui que nous avons le plus étudié, dont nous avons eu le plus d’expérience et pour lequel un vaccin et des médicaments spécifiques ont été développés. Ce nouveau virus Bundibugyo – rappelle l’expert – est beaucoup plus rare. C’est seulement la troisième épidémie qu’il provoque et les précédentes avaient touché un très petit nombre de personnes. Pour autant, nous avons peu appris sur ce virus ». Par ailleurs, à Bundibugyo, poursuit Montaldo, « nous ne savons pas si les vaccins et les médicaments dont nous disposons fonctionnent. Il semble avoir une létalité légèrement inférieure. C’est la seule bonne nouvelle par rapport au sérotype Zaïre, mais elle reste élevée. Nous parlons d’une létalité de 30 à 40%, ce qui est de toute façon très élevé pour une maladie infectieuse. Bien sûr, c’est un peu inférieur à celui du Zaïre qui a en moyenne une létalité de 70%. Alors là, pour résumer : les chiffres et l’extension géographique, le contexte d’insécurité politique, le type de virus : malheureusement ce sont les trois chapitres macro qui nous font craindre qu’il s’agisse d’une épidémie, qui durera longtemps et avec un risque élevé d’extension, nous l’espérons, mais il existe de nombreux facteurs de risque ».

En ce qui concerne les activités qui servent à contenir le virus, souligne le spécialiste, « la gestion de l’épidémie repose sur certains piliers. Et ils doivent tous être là, un seul ne suffit pas. Les principaux piliers sont avant tout le soin et l’isolement des patients confirmés, mais aussi des patients suspects pour tenter de minimiser les risques de contagion ainsi que de soigner les personnes ». Ensuite, il y a « la surveillance, qui est un pilier très important et malheureusement toujours le plus complexe, car elle nécessite la recherche de tous les contacts dans les cas confirmés ou suspects, leur suivi. Nous avons également vu avec le Covid, dans un contexte très différent et avec des moyens plus importants, combien cela a été compliqué et assez infructueux. participer très activement aux différents ‘piliers’ de la réponse à l’épidémie. Tout cela ne doit pas être sous-estimé, encore plus dans une zone de conflit, où la méfiance est toujours très forte », remarque Montaldo.

D’une grande importance donc « l’éducation, l’information, une communication correcte avec la population ». Ensuite, il y a « le système de diagnostic qui doit être le plus précoce et le plus étendu possible dans les différentes zones où il y a des foyers. Enfin, il est fondamental – et cela sera très compliqué dans le contexte socio-politique donné – la coordination, au sein du Congo, mais avec les autres pays concernés, aussi bien les voisins que tous les autres. En maladies infectieuses il est important de coordonner, d’avoir des directives communes, une gestion harmonieuse entre les différents pays ».

Montaldo reviendra également sur le terrain dans cette nouvelle épidémie, en « relais » avec ses autres collègues – « nous nous organisons pour que notre intervention soit durable à long terme » – et sur le plan personnel le sentiment, explique-t-il, « est un peu contradictoire. ne nie pas que c’est aussi un contexte où j’ai déjà été et qui fait un peu peur. Pas tant pour Ebola, contre lequel nous savons nous protéger et nous avons les connaissances utiles, mais plutôt pour la situation de conflit, bien sûr, il n’y a pas de bon conflit, mais celui-ci, même s’il n’est pas médiatisé, est très violent, il épuise la peur des gens, on a peur d’être tués chaque jour à coups de machette.